Le puits communal de Marambat : chronique d’un survivant...

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Un marambatais que nous connaissons bien pour avoir déjà partagé avec nos lecteurs quelques textes en occitan, Robert Couffinal, revient avec précision et humour sur l'histoire du puits de son village dont la reconstruction s'est achevée à la fin du mois dernier.

Chapitre final : la revanche du camion le 21 mars 2025

Ce matin-là, notre vénérable puits public de la place de l’église a vécu sa plus grande aventure depuis 1912 : une rencontre fortuite avec l’arrière-train d’un camion. Après 112 années de bons et loyaux services (enfin, surtout de bons services), notre centenaire s’est retrouvé quelque peu… bousculé.

Le puits démoli le 21 mars 2025 – photo mairie de Marambat

En gascon : lo putz esculat

Heureusement, l’identification du responsable, la prise en charge rapide par l’assurance et la détermination de la mairie furent d’une grande efficacité. Les pierres de la margelle, témoins silencieux de plus d’un siècle d’histoire, ont été pieusement récupérées pour participer à cette résurrection.

Retour aux sources : 1909, l’odyssée de l’eau

Pour comprendre l’épopée de notre puits, il faut remonter au 15 janvier 1909. Ce jour-là, le conseil municipal, dans un élan de modernité révolutionnaire, découvrit soudain que porter de l’eau depuis la source située à 250 mètres du village, et 30 mètres en contrebas, constituait une « véritable corvée » réservée à la gent féminine, très bien dépeinte dans la chanson de Yannick Noah « Les Lionnes » :

« Porte l’eau, porte la vie
Du ciel à ton seau, le jour et la nuit
C’est de l’or entre tes mains
Chaque jour qui passe fait la terre plus lasse
Porte l’eau, porte-la bien
Surtout fait attention, ne renverse rien
Fais l’effort, tu le sais bien
Chaque jour qui passe fait la terre plus lasse »
1.

Le conseil municipal de l’époque – exclusivement mâle – dans sa sagesse infinie, déclara solennellement : « Considérant que les sources municipales sont situées à une grande distance du village, et qu’il serait désirable pour tous et notamment pour les besoins de l’école de creuser un puits dans l’agglomération »2.

1909-1912 : trois ans de palabres pour creuser un trou

S’ensuivirent trois longues années de délibérations passionnées. Le devis ? La bagatelle de 1 352 francs – soit l’équivalent d’une petite fortune à l’époque. Mais qu’importe, après tout, l’eau, c’est la vie ! Et puis, les souscriptions publiques, ça marche toujours bien quand il s’agit de convaincre les contribuables de financer les bonnes idées municipales.

Enfin, en 1912, le puits fut creusé et bâti. En 1960, l’école et le logement de l’instituteur furent même raccordés via une motopompe, la canalisation traversant bravement la route de Vic à Valence. Le progrès, enfin !

Le déclin : quand le goudron s’en mêle

Mais comme toute belle histoire, celle-ci connut sa chute. L’arrivée de l’eau courante au robinet transforma notre héros en simple décoration de place publique. Le coup de grâce ? Une infiltration de goudron liquide lors du réaménagement de la place. Notre puits, après avoir bravement résisté aux guerres et aux intempéries, fut pollué par… du bitume infiltré par le trou d’aspiration de la motopompe ! Il en fut réduit à l’arrosage des fleurs du domaine public.

Épilogue savoureux : 1877, l’art de la négociation ecclésiastique

À titre d’anecdote, rappelons qu’en 1877– soit 35 ans avant notre puits municipal – Monsieur le Curé avait déjà saisi l’enjeu hydraulique. Dans une lettre au préfet d’un opportunisme délicieux, il sollicitait une aide financière pour creuser un puits au presbytère pour son usage personnel d’un montant de 300 francs, tout en promettant en « humble et respectueux serviteur » de faire voter ses paroissiens « dans le sens conservateur ».

L’art de mélanger eau bénite et politique n’était déjà plus un secret pour personne !

Partie intérieure de la lettre du curé AD32 RC

Conclusion

Ainsi se termine la chronique de notre puits public : né des nécessités communales de 1909, bâti en 1912, abandonné par le progrès, démoli par un camion et ressuscité fin août 2025.

Et, qui sait, après les besoins en eau que nous connaissons actuellement, peut-être une renaissance à envisager dans les prochaines délibérations du conseil municipal ?

Fin finala :

- lo putz esculat,

- lo putz arrebiscolat.

Ce qui signifie : finalement, le puits démoli, le puits ressuscité.


Le puits ressuscité – 29 août 2025 – photo R.C.
En gascon : lo putz arrebiscolat

 

Les sources (pour un puits, c’est normal)
1 - Le texte de la chanson de Yannick Noah, les lionnes :
https://clg-mauriac-houdan.ac-versailles.fr/IMG/pdf/les_lionnes.pdf
2 - Les archives départementales du Gers :
https://www.archives32.fr/archives_numerisees/portail/deliberations/recherche/

Crédits : Robert Couffinal 

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