Le samedi 13 décembre a eu lieu au cinéma Grand Angle de Fleurance la dernière conférence pour l’année 2025 de la Floureto, l’association culturelle de la ville. Elle était composée de deux parties : le visionnage d’un film : La disparition de Josef Mengele, de K Serebremnikov, d’après le « roman de non-fiction » d’O. Guez (prix Renaudot 2017) ; puis une discussion a permis à Laurent Mauras, président de la Floureto, historien, formateur et délégué pédagogique départemental du Mémorial de la Shoah dans le Gers, de cerner un peu le sinistre personnage de Mengele, notamment après 1945.
Eichmann et Mengele se sont rencontrés en Argentine. Mais les deux hommes se détestaient : Mengelle est un bourgeois alors que Eichmann est un prolétaire ; durant le IIIe Reich, le rapport de domination s’inverse : Mengele n’est qu’un médecin à Auschwitz (médecin chef, cependant) quand Eichmann est en haut de l’organigramme de la répression nazie ; après-guerre, le premier reste quelqu’un « qui a les codes » et de l’argent, tandis que le second est un has been qui se vante…. Le mépris est énorme, mais la fidélité à leur idéal demeure quand Eichmann est arrêté, il n’avoue jamais avoir rencontré Mengelle.
Mengelle ne s’est pas fait tatouer son groupe sanguin sur le bras, comme c’était la règle dans la SS. C’est ce qui le sauve en 1945, et lui permet de passer inaperçu au milieu de millions de soldats allemands défaits. Il fuit Auschwitz, avec ses archives et ses rapports scientifiques. De la chance, de l’argent et de l’habileté.
Il y a deux périodes dans la fuite de Mengelle : à Buenos Aires, dans l’Argentine péroniste (grand admirateur de l’Axe durant la guerre) et au Brésil. Le pacha puis le rat… la dolce vita… jusqu’à l’arrestation d’Eichmann ; alors Mengelle prend peur et fuit, via le Paraguay au Brésil. La fin est pathétique, dans une favela particulièrement pauvre de Sao Paulo, amoureux de sa femme de ménage.
En Argentine, il est couvert par les fermiers hongrois Stammer, qui se rendent compte de qui il est à la suite d’une opération sur une vache qu’un ouvrier agricole suisse (la couverture sous laquelle se présente Mengelle : il change 5 fois de nom au cours de sa cavale) ne saurait pas faire… Ils ne s’en débarrassent pas, ne le dénoncent pas, ils en profitent pendant 14 ans… puis le lâchent. Il se réfugie alors dans une ferme durant 9 ans, avec un mirador en haut duquel il écoute de la musique classique (comme sur la rampe d’Auschwitz où, d’un geste, il avait le droit de vie et de mort) Il appréciait ces moments où il avait d’un geste le pouvoir d’envoyer à la mort qui il voulait « sauver » : rires, sifflements...
Simon Wiesenthal est un extraordinaire chasseur de nazis, mais c’est aussi un roubleur, un conteur… qui, par stratégie, diffuse des « informations » qui effraie Mengelle. Elles sont fausses, amis Mengelle pense que c’est pour mieux le cerner. Wiesenthal le dit se cachant dans la jungle ou à Suez, étant devenu un baron de la drogue à Miami ou un juif converti… Tous les fantasmes sont là… mais cela permet de poursuivre des recherches de ce fantôme. Wiesenthal ne sait rien sur Mengelle, mais il en parle beaucoup, et Mengelle ne sait pas que Wiesenthal ne sait rien… Il devient un mythe, l’incarnation du nazisme...
Le fils, Rolf, est devenu avocat à Munich ; il a changé de nom.
La ville où la famille a fait fortune (entreprise de matériel agricole), et a acheté beaucoup, Gundsburg, en Bavière, se tait toujours sur Mengelle.
Cet homme illustre la médiocrité du mal. Il n’est pas sadique… Il serait né 30 ans plus tôt ou plus tard, il ne serait pas devenu le tueur qu’il est devenu. C’est un système, rencontré, qui lui a permis de le devenir, qui l’a autorisé. C’est son directeur de thèse qui l’envoie en 1943 à Auschwitz, « le plus grand laboratoire du monde ». Il fait des expériences sur la gémellité. Il bascule alors dans l’incompréhensible et le mal. Il a 32 ans
Il était auparavant excellent étudiant. Il entre en 34 dans la SA, en 37 dans la SS. Il se marie en 39. Sur le front en 41, blessé en 42, croix de fer.
Il part en Amérique du Sud, comme de nombreux nazis, mais il existait avant-guerre, déjà, une colonie nombreuse d’Allemands.
Il écrit un carnet, un journal passionnant où il s’apitoie, geint, est amer, décline, devient irritable et parano…. Il a peur.
Une 2e opération d’enlèvement était prévu, comme pour Eichmann… mais pour plusieurs raisons, elle n’a jamais abouti.
Il meurt en 79 d’un AVC au cours d’une baignade sur une plage à 40 km de Sao Paulo. 6 ans après son enterrement, on déterre son cadavre pour des analyses. Les experts sont unanimes : c’est bien lui. Des analyses ADN confirmeront en 1992. Son crâne est à l’Institut Médico-Légal de Sao Paulo.
C’est frustrant : il a vécu misérablement… mais longtemps… C’est tardif et insuffisant comme justice.
La Floureto prend ses quartiers d’hiver, et retrouve ses fidèles adhérents (ils étaient très nombreux au cinéma ce samedi 13) et tous les curieux en février 2026… pour des sujets un peu moins lourds….
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