Quand la lumière était rare mais les veillées riches

Une veillée autour de la cheminée
Une veillée autour de la cheminée

Les journée allongent, on allume plus tard les lumières.

L'occasion de revenir sur nos pas à l'époque où la lumière était rare et précieuse...

Il fut un temps, pas si lointain finalement, où les soirées d’hiver à la campagne commençaient très tôt. Dès la tombée du jour, lorsque le froid s’installait et que le vent sifflait autour des maisons, on gagnait la cuisine. C’était la pièce principale, le cœur de la maison. Dans l’âtre brûlait un feu vigoureux, alimenté avec du bois bien sec que l’on avait pris soin de rentrer à l’avance. Ce feu ne servait pas seulement à chauffer la pièce : il éclairait aussi, projetant des ombres mouvantes sur les murs.

Mais cette clarté restait limitée. Pour mieux voir, on allumait souvent une lampe à huile. Sa petite mèche produisait une lumière tremblotante, juste suffisante pour accomplir quelques travaux du soir. On plaçait parfois la lampe dans l’âtre pour éclairer la grand-mère qui tricotait inlassablement des chaussettes de laine. Dans cette lueur fragile, on distinguait à peine ses aiguilles qui s’agitaient pourtant avec une étonnante rapidité.

On utilisait également des chandelles fabriquées à base de suif, la graisse de bœuf ou de mouton. Ces chandelles, que l’on achetait chez l’épicier du village, étaient précieuses : elles coûtaient relativement cher et se consumaient rapidement. On les réservait donc à certains moments, lorsque l’on avait vraiment besoin de lumière.

Dans les maisons, on gardait aussi précieusement le cierge de la première communion. Plus épais que les bougies ordinaires, il représentait une petite fierté familiale. On l’allumait parfois lorsque des voisins ou des amis venaient partager une partie de cartes. Il arrivait aussi qu’on le fasse brûler lors des gros orages, car la tradition populaire voulait que ce cierge béni protège la maison de la foudre.

Cette semi-obscurité donnait aux veillées une ambiance bien particulière. On se réunissait autour du feu, et la soirée prenait vie. Certains chantaient des airs connus, d’autres sortaient une flûte ou un accordéon. Et puis il y avait les conteurs. Ils racontaient les vieilles histoires du pays : les légendes locales, les récits d’autrefois, les faits divers terribles qui faisaient frissonner l’assemblée. Dans bien des régions du sud de la France, on évoquait encore le souvenir du célèbre loup du Gévaudan qui avait semé la terreur au XVIIIᵉ siècle. Les enfants écoutaient, impressionnés, tandis que les adultes hochaient la tête en silence.

La lumière était pauvre, certes, mais les veillées étaient riches.

L’électricité commença à arriver dans les campagnes françaises surtout dans les années 1930, puis se généralisa après la Seconde Guerre mondiale grâce aux grands programmes d’électrification rurale. Pourtant, même avec les premières ampoules, on continua longtemps à acheter des bougies. On les plaçait dans un chandelier pour se déplacer d’une pièce à l’autre, ou simplement par habitude.

Finalement, si les maisons étaient peu éclairées, la vie sociale, elle, était bien vivante. Les voisins se retrouvaient, les familles se rassemblaient. On parlait des travaux des champs, des récoltes à venir, des soucis du quotidien ou des projets pour la saison suivante. Dans cette lumière vacillante, les gens prenaient surtout le temps de se parler.

Et peut-être est-ce là la lumière qui manque le plus aujourd’hui.

Pierre DUPOUY

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