Le rideau va bientôt tomber sur une adresse bien connue des Vicois. Le 20 juin, l’atelier de coiffure Chez Isabelle fermera définitivement ses portes. Une page qui se tourne avec beaucoup d’émotion pour Isabelle Guichard, qui aura consacré sa vie au métier de coiffeuse et fait de son salon un lieu à part.

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être coiffeuse », confie-t-elle.
Formée à Montpellier, elle arrive à Vic-Fezensac en 1984 avant de s’installer à son compte en 1995. Deux ans après avoir officiellement pris sa retraite, elle avait pourtant continué à travailler pour accompagner Brigitte, son employée et partenaire de quotidien depuis vingt-huit ans.
Mais aujourd’hui, pour des raisons de santé, il faut s’arrêter.
Le salon ne sera pas repris : installé dans ses propres murs, il s’apprête à changer de vie.
À mesure que l’échéance approche, Isabelle mesure surtout ce qu’elle va laisser derrière elle.
« Fermer la porte, ça va être très émouvant. »
Car au fil des années, Chez Isabelle est devenu bien davantage qu’un salon de coiffure.
Un salon insolite, vivant et profondément humain
Chez Isabelle, on venait pour une coupe… mais on restait souvent pour l’ambiance.
Le lieu a accueilli des expositions, des œuvres d’art, des discussions qui s’éternisent et une étonnante galerie de visiteurs à quatre pattes ou à plumes.
Passionnée par les animaux, Isabelle a vu défiler des scènes improbables.

« Une amie m’a amené une chèvre naine au salon. Une cliente est venue avec sa cane Lili. Une autre avait récupéré une grive et me l'a apportée avant de partir en vacances en me disant: “Je sais que vous sauvez des animaux.” On a aussi eu un canard colvert avec son eau et sa salade au milieu du salon… et même un poney pendant la foire aux chevaux ! »
Des cailles ont également fait partie du décor à certaines périodes. Aujourd’hui encore, Isabelle partage son quotidien avec deux chats Devon Rex qu’elle affectionne particulièrement.

Mais ce qui a fait l’âme du lieu, ce ne sont ni les animaux ni les objets insolites. Ce sont les gens.
« J’ai eu des clients fantastiques qui, au fil des années, sont devenus des amis. »
Elle se souvient d’une amie d’enfance venue jouer du bandonéon avec son fils qui chantait, d’un vendeur de pain du marché qui était aussi conteur et venait raconter ses histoires au salon, ou encore de ces cadeaux inattendus apportés avec affection : des œufs, et même un énorme sac de colombine qu’elle n’avait jamais demandé et qui est finalement reparti avec un autre client au lieu d’un shampoing.
Les souvenirs amusants se mélangent aux scènes du quotidien. Comme cette cliente arrivée en retard à qui Isabelle lance : « Vous êtes en retard » et qui lui répond très sérieusement : « Ce n’est pas grave, j’ai tout mon temps ».

« Ma clientèle, c’est un grand puzzle »
Derrière les anecdotes, Isabelle parle surtout du lien qui se crée dans ce métier.
« Être coiffeuse, c’est aussi être une confidente. Certaines clientes venaient pour avoir leur moment à elles, sans partager le salon. »
Pendant plus de quarante ans, elle a accompagné des vies entières.
Elle a coiffé des femmes enceintes puis leurs enfants. Vu des générations grandir. Partagé les joies, parfois les épreuves.
Un souvenir l’a particulièrement marquée : avoir remarqué chez une cliente un signe inhabituel au niveau du cuir chevelu et l’avoir invitée à consulter. Une expérience qui lui rappelle que le métier de coiffeuse va parfois bien au-delà du geste technique.
Aujourd’hui, au moment de partir, ce sont surtout les réactions des clientes qui la touchent.
« Elles sont très tristes. »
Certaines redoutent de ne plus retrouver cette relation particulière construite au fil des années. Isabelle prend le temps de les orienter vers des salons susceptibles de leur correspondre, avec une approche qui respecte ce qu’elles venaient chercher ici.

Elle garde aussi en mémoire cette phrase prononcée un jour par une cliente : « Je ne serai pas une grande cliente. »
Sa réponse est restée sa façon de voir son métier : « Pour moi, il n’y a ni petite ni grande cliente. Ma clientèle, c’est un grand puzzle qui fait un tout. Chacune a sa place. »
C’est sans doute ce qui rend la fermeture si difficile aujourd’hui : ce ne sont pas seulement des rendez-vous qui s’arrêtent, mais des liens tissés parfois depuis plusieurs décennies.

Une autre porte va s’ouvrir
Depuis plusieurs années déjà, le salon avait pris des allures d’atelier d’art, accueillant ses propres expositions et celles d’artistes amis.
Sculptrice et peintre, Isabelle travaille notamment la terre et crée beaucoup de figures animales.

Mais depuis quelques semaines, elle ne sculpte plus. « Je suis bloquée. »
Elle explique que créer puis montrer son travail dans le salon faisait partie intégrante de son plaisir artistique. Avec la fermeture qui approche, l’inspiration s’est arrêtée elle aussi. Le projet reste pourtant là.

Le salon sera transformé en atelier, avec l’envie d’en faire un lieu ouvert, autour d'un café, de rencontres et certainement le retour de la création quand le moment sera venu.
Avant de refermer définitivement cette parenthèse, Isabelle tient à remercier celles qui l’ont accompagnée : Laurence, Cathy, Émilie et tout particulièrement Brigitte.
« On a formé un duo improbable pendant vingt-huit ans. On s’est beaucoup soutenues dans nos problèmes respectifs. »
Elle adresse aussi un grand merci à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à créer cette incroyable ambiance.
Le 20 juin, ce ne sera pas seulement la fermeture d’un commerce.
Ce sera le dernier jour d’un lieu où l’on venait se faire coiffer, mais aussi parler, rire, montrer ses créations, écouter une histoire… et parfois croiser un canard ou un poney au détour d’un fauteuil.
Avec, pour Isabelle comme pour ses clientes, l’impression de dire au revoir à une époque entière.
Bonne route Isabelle pour de nouvelles aventures !

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